Le mail est arrivé un lundi matin : la DRH cherche « quatre ou cinq volontaires » pour un tournage prévu le mois suivant, dans le cadre d’un film destiné à attirer des candidats. Votre manager vous a glissé que vous seriez parfait, parce que vous êtes arrivé comme alternant et que vous encadrez aujourd’hui une petite équipe. Vous hésitez, et c’est normal : personne ne vous a jamais demandé de parler de votre travail devant une caméra, et vous ne savez pas exactement à quoi vous vous engagez.
Est-ce que je peux dire non ?
Oui. Votre image vous appartient. Le droit français la protège au titre du respect de la vie privée, prévu par l’article 9 du Code civil, et elle constitue aussi une donnée personnelle au sens du RGPD. Votre employeur doit donc obtenir votre accord pour vous filmer et diffuser le résultat, et cet accord n’a de sens que s’il est donné librement.
Dans les faits, la pression vient plus souvent de l’ambiance que d’une consigne. Si vous ne souhaitez pas apparaître, dites-le simplement et tôt, en proposant si vous le voulez une autre forme d’aide : suggérer un collègue, relire les questions prévues, accompagner l’équipe de tournage dans votre service. Un refus expliqué passe beaucoup mieux qu’un désistement la veille.
Que va-t-on me demander de dire ?
Moins que vous ne l’imaginez, et rien à apprendre par cœur. Les films de recrutement réussis reposent sur des entretiens, pas sur des textes écrits d’avance. Quelqu’un vous pose des questions sur votre parcours, votre métier, ce qui vous a fait rester, et vous répondez avec vos mots. C’est la méthode que revendiquent des agences comme EO Be Creative, qui préparent les collaborateurs en amont plutôt que de leur faire réciter un texte.
Cette préparation compte. Demandez à connaître les thèmes à l’avance, pensez à deux ou trois anecdotes tirées de votre quotidien et laissez de côté les formules toutes faites. « J’aime le travail en équipe » ne dira rien à personne. Raconter le vendredi soir où la ligne est tombée en panne et où vous êtes restés à quatre pour la relancer en dira beaucoup plus.
Et si je suis mauvais devant la caméra ?
Personne ne vous demande d’être bon, seulement d’être naturel. Une interview dure en général bien plus longtemps que les quelques secondes gardées au montage, et vous pouvez reprendre une phrase autant de fois que nécessaire. Regardez la personne qui vous interroge plutôt que l’objectif, répondez par des phrases complètes et évitez les vêtements à fines rayures ou à gros logo. Le trac des premières minutes tombe souvent dès que la conversation porte sur votre métier : c’est un sujet que vous connaissez mieux que quiconque dans la pièce.
Que deviennent les images si je quitte l’entreprise ?
C’est la question que presque personne ne pose, et celle qui crée le plus de gêne deux ou trois ans plus tard. Votre visage peut rester sur le site carrière d’un ancien employeur longtemps après votre départ, y compris quand cet ancien employeur est le concurrent direct du nouveau. Avant le tournage, demandez une autorisation écrite qui précise au minimum :
- les usages prévus (site carrière, réseaux sociaux, salons, communication interne) ;
- la durée pendant laquelle les images pourront être utilisées ;
- ce qui se passe en cas de départ : retrait des contenus, délai, ou maintien accepté ;
- la possibilité de voir le montage avant sa diffusion.
Un document vague, qui autorise « toute utilisation, sur tout support, sans limitation de durée », mérite d’être discuté. Demander qu’il soit précisé n’a rien d’agressif : un témoignage donné de bon cœur rend plus service à l’employeur qu’un témoignage arraché.
Est-ce une bonne chose pour ma carrière ?
Souvent, oui. Témoigner vous rend visible auprès de services que vous croisez rarement, de la direction et des nouvelles recrues que vous accueillerez peut-être. Partager sur LinkedIn une vidéo où vous parlez de votre métier valorise aussi votre parcours, sans que vous ayez à vous mettre en avant vous-même.
Mais vous devenez le visage d’une promesse. Si vous décrivez un poste que vous comptez quitter dans six mois, ou une ambiance que vous ne vivez pas, le décalage finira par se voir, et les premières à s’en apercevoir seront les personnes recrutées grâce au film. Acceptez si vous pouvez parler honnêtement de votre travail, avec ses bons côtés et ses limites. Et avant de dire oui, demandez à lire l’autorisation de droit à l’image, puis gardez-en une copie : c’est le seul document qui comptera le jour où vous voudrez que ces images disparaissent.





